C'est la nouvelle arnaque à la mode qui cible les jeunes conducteurs et les malussés. Sur Snapchat, TikTok ou Telegram, des "courtiers" fantômes proposent d'assurer n'importe quel véhicule pour une poignée d'euros (souvent 50€ ou 100€), le tout sans justificatifs et en quelques minutes. Trop beau pour être vrai ? Absolument. Voici comment fonctionne l'arnaque à la fausse assurance temporaire et pourquoi vous risquez gros.

Le mode opératoire : Une mécanique bien huilée

Les escrocs profitent de la digitalisation de la souscription d'assurance pour piéger le système — et vous avec.

1. L'appât sur les réseaux sociaux

Tout commence par une publicité ou une "story" sur les réseaux. Les promesses sont toujours les mêmes :

  • "Assurance auto pas chère"
  • "Tous risques même sans permis"
  • "Carte verte immédiate pour 50€"
  • "Pas de relevé d'information demandé"

2. La fausse souscription (AMV, Eurofil, etc.)

Une fois que vous contactez l'escroc, il vous demande les infos de votre véhicule (plaque, modèle). Il se connecte ensuite sur le site d'un assureur légitime (comme AMV, Direct Assurance, etc.) et remplit le formulaire de souscription en ligne.

C'est là que réside l'astuce : Au moment de payer, il utilise un IBAN volé ou un RIB frauduleux pour mettre en place le prélèvement automatique. Il ne paie jamais avec votre argent.

3. La réception de la "vraie-fausse" carte verte

Comme l'assureur a reçu un RIB (qu'il croit valide), son système génère automatiquement une attestation provisoire d'assurance (la fameuse carte verte, ou désormais le Mémo Véhicule Assuré) valable 30 jours, le temps de vérifier le dossier.

L'escroc vous envoie ce document officiel par PDF. Vous lui virez les 50€ de "frais de dossier" (souvent par coupon PCS ou virement instantané). Vous pensez être assuré.

Le réveil brutal : Résiliation et Fichier des Véhicules Assurés

L'illusion ne dure que quelques semaines. Voici ce qui se passe ensuite :

  1. L'assureur tente de prélever la cotisation sur l'IBAN fourni.
  2. Le prélèvement est rejeté (compte fermé, volé ou sans provision).
  3. L'assureur vous envoie des relances (souvent à une fausse adresse mail créée par l'escroc).
  4. Sans réponse, l'assureur résilie le contrat pour non-paiement et fausse déclaration.
  5. Votre véhicule est inscrit au Fichier des Véhicules Assurés (FVA) comme non-assuré.

🚨 Résultat :

Vous roulez sans assurance sans le savoir (ou en fermant les yeux). En cas de contrôle de police, c'est la mise en fourrière immédiate.

Les conséquences dramatiques pour le conducteur

En pensant économiser sur votre assurance auto, vous vous exposez à des risques financiers et judiciaires majeurs :

1. Défaut d'assurance (Délit)

Rouler sans assurance est un délit puni de 3 750€ d'amende, suspension de permis et confiscation du véhicule. Depuis 2024, les radars automatiques vérifient aussi l'assurance via le fichier FVA.

2. Dette à vie en cas d'accident

C'est le pire scénario. Si vous blessez quelqu'un alors que votre contrat a été résilié (nullité du contrat pour fraude), l'assureur ne couvrira rien. Le Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires (FGAO) indemnisera la victime, mais se retournera contre vous pour le remboursement.

Vous devrez payer des centaines de milliers d'euros toute votre vie (dommages corporels, invalidité...).

3. Complicité de fraude et Faux et Usage de Faux

La justice peut considérer que vous ne pouviez pas ignorer le caractère frauduleux de l'offre ("nul n'est censé ignorer la loi"). Utiliser de faux documents pour obtenir une assurance est passible de 3 ans de prison et 45 000€ d'amende.

Comment reconnaître une arnaque à l'assurance ?

Pour éviter de tomber dans le piège, gardez ces règles en tête :

  • Le prix est dérisoire : Une assurance à 50€/mois pour un jeune conducteur en grosse cylindrée n'existe pas.
  • Le canal de vente : Aucun courtier sérieux ne vend d'assurances exclusivement sur Snapchat, TikTok ou Telegram via des messages éphémères.
  • Le paiement : On ne vous demande jamais de payer par coupons PCS, Transcash ou crypto-monnaie pour une assurance.
  • L'identité du vendeur : Vérifiez son numéro ORIAS (registre unique des intermédiaires en assurance). S'il n'en a pas, c'est un escroc.

La bonne démarche : Transparence et Vérification

Si vous avez du mal à trouver une assurance (jeune conducteur, malussé), tournez-vous vers des courtiers spécialisés "risques aggravés" qui ont pignon sur rue.

Et avant d'acheter un véhicule d'occasion, assurez-vous qu'il n'a pas été impliqué dans ce type de fraudes ou qu'il n'est pas gagé. L'historique du véhicule est votre meilleure protection.

Un véhicule qui a servi à des fraudes à l'assurance peut être saisi par la justice, même si vous l'avez acheté entre-temps.

Ne confiez pas votre avenir à un inconnu sur Snapchat. Assurez-vous légalement et vérifiez toujours l'historique de votre voiture.